01.05.2006

Grandeur et décadence: Utopie d'un monde réel Chapitre 1 Nouvelle de Thomas Griffet

CHAPITRE I


C'était un soir de Noël comme les autres, j'avais ce sentiment d'être là sans être là; perdu au fin fond de mes rêves, je ne faisais plus attention à ce vacarme encombrant qui m'entourait. Les efforts faits en début de soirée pour paraître sociable et courtois avaient désormais quitté ce corps qui commençait à bouillonner. Je ne supportais plus ces « gens » qui, une fois par an, se donnaient rendez-vous pour un moment d'hypocrisie mondaine. Je ne faisais hélas pas partie de ce monde: hélas, parce que cet univers, régit par le mensonge et la cruauté, baignait inlassablement dans la facilité. Tout devient facile quand on ment, car l'on n'est pas obligé d'assumer sa véritable personnalité; alors, on se range derrière la connerie des autres et on attend que cela se passe. On acquiesce, on rigole, on se donne des tapes dans le dos, on se fait des compliments, et c'est justement la répétition de cette hypocrisie qui fait que l'on oublie sa véritable nature et que l'on devient ce que l'on doit être: une personne comme les autres.

Encore une année qui passait, et nous on se repassait nos souvenirs sans se soucier du futur, qu'on rangeait dans un placard et qu'on essayait d'oublier comme une petite cuillère de yogourt que l'on a mise en dessous de son lit et que l'on a pas eu le courage de descendre dans le lave-vaisselle. La vie, c'est comme une chemise en soie, ça se froisse facilement; pour être heureux, il faut éviter les plis, et on a tellement peur de l'user, qu'on ne la met jamais...voilà l'erreur: un jour, il est trop tard et l'on en a même pas profité. Alors, on se donne de bonnes résolutions, que l'on oublie aussi très vite, parce que la nouvelle année, au bout d'une semaine, elle nous sort de la tête et le train-train quotidien reprend le dessus.

J'avais décidé d'éviter soigneusement cette soirée et de descendre le plus souvent possible dans le garage, afin de fumer quelques pétards. Ainsi, cette fumée épaisse mais si apaisante se propageait en mon corps fébrile, pour me fertiliser l'esprit d'une haine indescriptible mais si douce, comme l’inconscient qui bouleverse le conscient, hélas si conscient, comme un ouragan qui détruit tout sur son passage, comme un coup de tête qui te brise en 1000 morceaux. Ils étaient la source de la réalité de mon imagination, et ils remplaçaient désormais ce sang bafoué par l'hypocrisie et la superficialité, pour me nourrir de la haine d'un révolté.

Ecrire un commentaire